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Drassm

Ministère de la Culture et de la Communication

 

Le projet archéologique
sous-marin 2005


Par Michel L'Hour et Elisabeth Veyrat.
Archéologues au DRASSM et responsables des fouilles sous-marines à Vanikoro
Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines,
Ministère de la Culture et de la Communication
 
La campagne 2003 menée sur le site des épaves de Lapérouse sur l’île de Vanikoro a été riche en rebondissements. Le potentiel exceptionnel de l’épave du site dit de la faille a été de nouveau mis en évidence, et souligné par de nouvelles perspectives de recherche et d’identification.
 

A l’issue de cette dernière mission, deux options pouvaient être choisies : geler le site archéologique sous-marin ou y programmer une ultime campagne de fouille. Compte tenu des moyens logistiques et humains importants qui peuvent être accordés à cette mission en 2005, et notamment de l’occasion exceptionnelle d’y amener un navire de 80 m de la marine nationale et une équipe d’archéologues sous-marins confirmés, c’est ce dernier choix qui a été retenu.

Cette ultime campagne de fouille sous-marine sera consacrée à l’étude du site de la faille, où s’est confirmée la présence de couches archéologiques homogènes au fond de celle-ci, et tout particulièrement la présence de fragiles mobiliers organiques, parmi lesquels ont été reconnus des objets en bois et cordage de chanvre, ossements, poulies, manches d’outils, instruments de musique…

 

 ETAT DE LA RECHERCHE

 

L’un des objectifs majeurs de ce projet archéologique est de caractériser plus finement les vestiges de la faille, afin d’identifier avec plus de certitude encore, la frégate qui s’est ici perdue. A ce titre, les très nombreux indices découverts sur les gisements de la faille et de la fausse passe, qui proviennent des épaves de la Boussole et de l’Astrolabe, doivent être considérés collectivement avec une extrême prudence avant d’être méthodiquement attribués à l’une ou l’autre des deux frégates.
Plus généralement, toute découverte sur les sites sous-marins d’un élément de la vie à bord, d’un indice de l’itinéraire des deux frégates ou des travaux des savants embarqués prend, dans le contexte spécifique de Vanikoro, un intérêt particulier compte tenu de la trajectoire planétaire et de la destinée tragique des membres de l’expédition Lapérouse.

Les sondages méthodiques de la campagne 2003 se sont concentrés sur l'extrémité nord de la faille, délaissée par les précédentes expéditions. La fouille y a révélé une couche archéologique riche et homogène, dont l’étude a été freinée, voire menacée, par la présence de très gros blocs de corail effondrés et instables. Au nombre des découvertes, on citera les vestiges du squelette presque complet d'un Européen, âgé sans doute de 32 à 34 ans. Après avoir fait l’objet d'une première analyse sur le site, les ossements ont été confiés pour étude aux spécialistes de l’institut de recherches criminelles de la Gendarmerie nationale, à Rosny-sous-Bois. Rarissime en contexte d’épave, la découverte d’un squelette humain prend ici une importance spécifique car celui-ci matérialise, à lui seul, la mémoire de l’ensemble des scientifiques et marins français disparus lors du naufrage.

Signalons que l’utilisation du robot Achille du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines a permis, en fin de campagne, de prospecter jusqu’à la cote – 100 le tombant rocheux à l’aplomb de la faille.
Aucun vestige de l’épave n’a, à cette occasion, été localisé, ce qui confirme sans doute l’hypothèse que l’ensemble des vestiges architecturaux de la frégate est conservé dans la faille.

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 LE PROJET DE FOUILLE 2005


Si plusieurs échantillons ont pu être prélevés sur l’ensemble architectural découvert dans la fausse passe lors de la campagne 2003, seule une partie du gouvernail de l’épave de la faille a été étudiée lors de cette même campagne.
La découverte, en 2005, d’éléments cohérents de l’architecture du navire permettrait d’envisager l’étude comparative des échantillons des deux épaves et d’identifier avec quelque chance de succès la provenance des bois de construction. Les cernes annuels de croissance des bois, dont la succession témoigne du milieu et de l’environnement hygrométrique du lieu géographique où les bois ont grandi, pourraient en effet permettre de différencier clairement deux provenances distinctes pour les bois de construction des deux épaves, l’Astrolabe ayant été mise en chantier au Havre et la Boussole à Bayonne.

Les interventions jusqu'à – 150m de profondeur seront possibles, en fonction des besoins, grâce à l'embarquement d'un robot sous-marin filoguidé, équipé d'une caméra. La prospection systématique par le ROV permettra de vérifier la nature et l’importance d’éventuels vestiges préservés à proximité de la faille.
La campagne 2005 s’appuiera sur l’axe longitudinal SO/NE tendu en travers du site en 2003, depuis l’ouverture de la faille jusqu’à son extrémité. Grâce à cet axe de référence, le plan précis des vestiges et le relevé topographique de la faille seront poursuivis. Compte tenu des caractéristiques du site, et de l’implantation des zones de fouille dans la partie terminale de la faille, il importera de privilégier les suceuses à air sur les suceuses à eau. Celles-ci offrent en effet l’avantage de rejeter les déblais en surface et loin du site, en ne générant pas un tel obscurcissement de l’eau que les suceuses à eau. Un tamis disposé en surface permettra de recueillir les indices archéologiques qui auraient échappé à la vigilance du fouilleur. L’utilisation simultanée de trois suceuses de débit différent permettra en outre de réguler l’avancée de la fouille et de réserver une suceuse de gros diamètre, au débit plus important, aux seules zones stériles ou au dégagement de surface. Des vannes quart de tour, placées à l’extrémité avant de la suceuse, permettront par ailleurs de contrôler à tout instant la puissance de l’aspiration. Deux suceuses seront prioritairement placées à l’endroit où les recherches se sont interrompues en 2003, afin de travailler de front dans les couches homogènes qui y sont préservées. La troisième suceuse sera installée à l’avant des deux autres, dans la partie terminale étroite de la faille où a été trouvée une pierre de meule dans les derniers jours de la campagne 2003. Elle pourra être ponctuellement déplacée afin d’ouvrir et de vérifier des nouvelles zones de sondage dans la faille.

Dirigés par le DRASSM, les travaux en mer associeront, aux côtés des archéologues spécialistes venus de métropole, les plongeurs sportifs de l’association Salomon et des scaphandriers hautement qualifiés du groupe des plongeurs démineurs de la marine nationale.

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:: Crédits photo :
> En haut à gauche : © G. Mermet
> Photos de droite :
     Les deux premières : © P. Larue
     La troisième : Elisabeth Veyrat, Michel L'Hour du DRASSM, © P. Schaff

 
 
 
 
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